Rencontre avec Stefan Alexander

Article publié par Forgenext
le 03/12/2018




Bonjour Stefan ! Pourrais-tu te présenter ?

Je suis ingénieur électricien et je dirige actuellement une équipe développant de nouvelles technologies pour l’informatique portable. Je travaille sur de gros problèmes qu’il faut des années pour résoudre et qui impliquent de nombreux chercheurs et fournisseurs du monde entier. J’aime travailler en équipe pour trouver des idées et surmonter les méandres lorsque les choses ne se passent pas comme prévu. Concevoir des jeux de société est donc pour moi un loisir complémentaire parfait, car il est similaire tout en offrant certaines choses que mon travail ne permet pas: des choses peu techniques et très tactiles et pour lesquelles je peux résoudre les problèmes immédiatement et complètement… dans ma tête.

 

Cubirds n’est pas ton premier jeu édité…

C’est mon troisième jeu édité (et il y en a d’autres qui ont été signés mais pas encore édités). Le premier est King Chocolate, un jeu avec des règles très simples au début qui mènent à une économie complexe de chaîne d’approvisionnement en fin de partie. Le deuxième est Zone 51, dans lequel les joueurs construisent des installations pour stocker des artefacts extraterrestres, avec un système de notation et de construction unique qui implique des choix difficiles. Cubirds est mon premier jeu de cartes pur, et le plus simple des trois.

 

Par quoi as-tu commencé en créant Cubirds ? La mécanique ou le thème ?

Le thème est venu en premier. Je me souviens d’avoir assisté au récital de danse de ma fille il y a de nombreuses années. Pour m’occuper pendant l’attente prolongée de son passage, mon esprit s’est égaré au sujet des jeux. Au cours de l’une des représentations, les enfants étaient vêtus costumes de divers types d’oiseaux et s’organisaient en différents groupes. J’ai pensé que cela ferait un jeu de cartes intéressant et, au moment où ma fille est apparue sur scène, j’avais déjà conçu les bases du jeu. (Mais il fallut plusieurs années pour que tout soit parfait!)

 

 

Tu apprécies les jeux de cartes alors ?

J’aime les jeux avec des règles simples et élégantes mais avec une complexité émergente significative. Tant de jeux de cartes entrent dans cette catégorie. J’adore y jouer, j’aime étudier leurs gameplay et, quand je crée, j’aime me contraindre à des gameplay à base de cartes uniquement. Je conçois beaucoup de jeux de cartes (bien qu’à ce jour, Cubirds est le seul à avoir été édité).

 

 

A ton avis, qu’est-ce qui donne à Cubirds son originalité ?

C’est un jeu simple, donc je pense que ça doit être la mécanique des Envolées. Dans un jeu de type rami dans lequel il faut collectionner des familles de cartes, vous ne faites vraiment que défausser ou récolter des cartes. Avoir cette nouvelle mécanique par laquelle on peut faire les deux en même temps m’a semblé assez unique.

 

Qu’est-ce que tu penses des illustrations choisies par Catch Up ?

J’espérais vraiment que de superbes dessins d’oiseaux pourraient rendre le jeu encore plus intéressant. J’adore les illustrations choisies par Catch Up : elles ajoutent beaucoup d’attrait visuel et je pense qu’elles correspondent parfaitement à l’esthétique du jeu. Il existe également de très bonnes variations dans les détails qui sont amusants à regarder pendant que l’on joue.Je suis aussi particulièrement content concernant  les détails en second plan montrant les oiseaux dans leur environnement réel, ce qui contribue à rendre le jeu vraiment agréable à regarder et à jouer. Une chose qui est importante pour moi dans mes conceptions est que chaque composant représente quelque chose de réel, plutôt qu’un concept abstrait. J’aime quand la configuration du jeu sur la table ressemble un peu à ce qu’elle serait dans la vie réelle.
Aux marqueurs de points d’action ou aux pistes de score, je préfère plutôt que les joueurs mettent des ressources physiques à des endroits et collectent des objets physiques en tant que points de victoire. Je ne réussis pas toujours à le faire mais, dans Cubirds, j’aime bien que chaque carte ne représente qu’un seul oiseau ; que les oiseaux sur la table soient au repos, immobiles et alignés ; et que les oiseaux entre les mains des joueurs soient en mouvement, allant et venant autour des oiseaux immobiles.

Comment s’est passé le travail sur le jeu avec Catch Up ?

Le jeu a connu beaucoup de développement avant que je ne sois prêt à le montrer. Il est étonnamment difficile de développer un petit jeu avec des règles simples, car si vous voulez changer une chose mineure, modifier une règle change tout (et pas seulement la chose que vous essayez de corriger).
La répartition de types des cartes est également importante et, souvent, modifier une règle nécessite de repenser entièrement cette répartition. Le nombre de lignes, le nombre d’oiseaux de chaque espèce, le nombre d’espèces différentes, le nombre de cartes en main en début de jeu, tout cela a changé bien des fois jusqu’à ce que je comprenne les relations entre ces valeurs et le gameplay.
J’ai travaillé à partir d’un fichier excel qui m’a permis de mettre des choses en évidences, de voir les impacts qu’avaient  les différentes répartitions de cartes sur le gameplay, comme la durée d’une manche, la durée d’une partie, le nombre minimum de tours, etc. Après environ 30 versions différentes (qui ont toutes été testées de nombreuses fois), je me suis retrouvé avec une version qui me plaisait et que je pouvais montrer.Forgenext (mon agent) et Catch Up ont identifié deux problèmes : la durée du jeu était difficile à évaluer, et une règle concernant le vol de cartes de score à d’autres personnes a découragé certaines personnes. Au début, je m’interrogeais sur les changements proposés mais, après les avoir testés, c’était indéniablement mieux. De manière générale, les modifications qui suppriment des règles et simplifient le jeu sont presque toujours bénéfiques.

 

A combien de joueurs trouves-tu que Cubirds est le mieux à jouer ?

Je pense que presque tous les jeux en tour par tour séquentiels sont parfaits pour trois joueurs, et Cubirds ne fait pas exception. Les temps d’attente sont minimes et la stratégie ne change pas tant que cela en attendant son tour de jouer, mais vous obtenez quand même la complexité supplémentaire d’interagir avec plus d’un adversaire.J’essaie toujours de faire en sorte que mes jeux fonctionnent correctement de 2 à 5 joueurs, ce qui signifie généralement des tours très courts et beaucoup d’équilibre pour garantir que le jeu reste stable quel que soit le nombre de joueurs. La version à deux joueurs est généralement la plus difficile à équilibrer.

 

Quel est ton coup préféré quand tu joues à Cubirds ?

Je vais souvent jouer des oiseaux et ne rien ramasser. Quand j’explique le jeu, je dis aux gens que cette technique est assez puissante mais, généralement, ils n’écoutent pas et continuent à ramasser de plus en plus d’oiseaux. J’aime vider ma main le premier et faire perdre à tout le monde toutes leurs cartes. Si je peux le faire souvent, cela me donne un avantage considérable.

 

A quel autre jeu pourrais-tu comparer Cubirds ?

Peut-être la série Mystery Rummy, car elle est basée sur des règles de collection de cartes mais avec quelques ingrédients supplémentaires.

 

 

Quel est ton jeu du moment ?

Ces dernières années, je n’ai pas joué à beaucoup de nouveaux jeux, à cause d’un emploi du temps chargé, mais j’aime jouer à Chicago Express quand j’ai le temps. Ce jeu offre un gameplay complexe et émergent avec des règles très simples, dans un temps de jeu court. C’est ma référence pour les types de jeux que je veux concevoir et je ne semble pas m’en lasser. J’aime aussi y jouer avec des gens qui le découvrent pour la première fois et voir leurs réactions quand ils s’aperçoivent de sa profondeur.

 

 

Cubirds

Auteur : Stefan Alexander

Illustrateur : Kristiaan der Nederlanden

Editeur : Catch Up games

Nombre de joueurs : 2-5

Age : 8+

Durée de jeu : 20 minutes


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